Dans le cadre de Regionale 18 et de Strasbourg Capitale de Noël, l’association Accélérateur de particules organise le parcours vidéo VIDÉOTOWN. Les commissaires d’exposition David Legrand et Skander Zouaoui ont conçu une « géographie de films » en 11 étapes au centre de Strasbourg dans lesquelles les oeuvres et les lieux sont étroitement liés : les vidéos d’artistes français, suisses et allemands sont projetées dans des vitrines, commerces, cafés et autres lieux de vie et de culture parfois insolites. Le passant-visiteur peut choisir son itinéraire et accéder au dispositif audio par smartphone, poste radio ou casque.

LE PARCOURS

informations pratiques

Départ conseillé

Boutique Culture,

Ville de Strasbourg

10 place de la Cathédrale

mardi-samedi 12h-19h

 

Audio

Son des vidéos 107,9 FM

sur votre smarphone avec

ses écouteurs ou prêt de radios

à la Boutique Culture

 

Informations complémentaires

Boutique Culture

06 71 16 47 50

 

TaxiStrass

Pour le parcours vidéo en taxi appelez le

03 88 27 13 13 attente estimée entre 10 et 12mn.
 Prix d’une course habituelle. Itinéraires et durées proposés dans le taxi.

 

Performances

La galerie du cartable

10.01, 18h Vidéoportation

Métakiosque Séverine Hubard Campus central

Université de Strasbourg Esplanade

11.01, 18h Parcours diffusion

départ Boutique Culture

  • > Mia Bailey

    Née en 1975 à Bangkok vit et travaille à Karlsruhe.

    Dans un décor aux couleurs pastelles et sans profondeur, un cœur de personnages masqués en combinaison roses et bleues chantent le refrain des Hébreux de Nabucco, l’opéra de Verdi, dans lequel les prisonniers rêvent de retrouver leur patrie. Cette action unique filmée en caméra fixe mêle symboles énigmatiques et humour dans une atmosphère de rêve éveillé.

    Vidéo Capture  Durée 4’31 
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2008

  • > Arthur Debert

    Nouvelle Histoire de la Révolution Française  Durée 4’30 
    Audio muet

    Né en 1990 à Paris vit et travaille à Berlin.
    Image par image, l’artiste a effacé le ballon de la finale de la coupe du monde de football de 1998, opposant la France au Brésil. Par ce glissement infime il interroge le football comme pratique culturelle collective et le vide poétiquement de son contenu. Le résultat décentralise l’action et crée de nouvelles règles.

    Vidéo réalisée en 2013

  • > Dimension Emotionnelle

    Collectif fondé en 2012.
    Fantasmata est un huis clos de 4 personnages conversant et manipulant des débris. Ces restes d’objets ont été collectés sur un terrain vague à Lyon et soumis à des spécialistes (philosophes, physiciens, architectes, designers, voyants…) pour interroger leur relation à l’objet. Les dialogues du film sont constellés de slogans obscurs issus de ces entretiens.

    Fantasma  Durée 24’
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2015

  • > DImension emotionnelle

    Collectif fondé en 2012.
    De mystérieuses compositions tournent sur un plateau bricolé et se succèdent tel un rituel divinatoire absurde. Une musique entêtante, composée de battements binauraux censés susciter le plaisir, rythme cette parodie de scénographie de vente hypnotique. Les objets –détritus paradent avec la virtuosité de la présentation en simulation 3D.

    Somniloquie du perroquet  Durée 52’
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2012

  • > Ramon Feller

    Né en 1988 à Zürich vit et travaille à Zürich
    La vidéo a été trouvée, par Ramon Feller et Karen Moser, dans une caméra perdue dans la mer et ayant filmé du moment où elle a été échappée jusqu’à la limite de sa mémoire. Il en résulte un plan séquence qui enregistre le rythme et le son du ressac des vagues. Au ciel ensoleillé aperçu au travers d’algues se succèdent des tentatives de focus sur le sable au fil de la dérive de l’appareil.

    GP000067 - GP040067  Durée 87’15
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2015

  • > Claire Hannicq

    Née en 1984 à Auxerre vit et travaille à Nantes.
    La vidéo retrace le cheminement du soleil dans une grotte. Pour cela, une longue succession de miroirs est placée de manière à produire la réverbération progressive de la lumière vers le fond de la grotte. Ce processus lui fait atteindre des profondeurs qui n’ont jamais vu le soleil.

    L’étoile dans la caverne  Durée 16’28
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2017

  • > Paul Heintz

    Né en 1989 à Saint Avold vit et travaille à Paris
    Une performance-vidéo réalisée par l’artiste lors d’un séjour à Berlin. Il invite un comédien vêtu en soldat à pleurer assis au pied de l’église désaffectée de Bethanien sur le rond-point de Mirbachplatz. Nous ne savons rien de l’avant ni de l’après. Alors que des soldats arpentent la ville, lui semble revenu au front et perdu. « Boys don’t cry » disait la chanson.

    Le Soldat  Durée 4’30
    Audio muet

    Vidéo réalisée en 2011

  • > Violaine Higelin

    Née en 1990 à Metz vit et travaille à Metz
    En usant de codes symboliques et esthétiques de glorification et de prestige (trophée, chaîne en or, podium), la vidéo aux allures de clip interroge l’aspiration à la grandeur en écho au phénomène d’auto-proclamation des minorités identitaires, dans une perspective d’empowerment. On y voit une créature dorée s’élèver prestigieusement et périlleusement.

    Empire  Durée 3’40
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2015

  • > Thomas Lasbouygues

    Pilmgrim Icon  Durée 8’30
    Audio muet

    Né en 1985 à Saint Maure des Fosses.
    Vit et travaille à Strasbourg
    Film composé de deux plans vidéos : deux cavités rocheuses, sont comme des portes qui mènent vers une mystérieuse caverne. On observe alors, une procession d’hommes, d’enfants et de femmes qui empruntent ce passage les uns après les autres. Cette chorégraphie hypnotique rend le spectateur captif de cette image.

    Vidéo réalisée en 2016

  • > Vladimir Mitrev

    Né en 1972 à Sofia vit et travaille à Bâle.

    La vidéo présente l’artiste en boxeur opposé à lui-même en vue

    aérienne. Ses deux identités se distinguent uniquement par la couleur rouge et bleue des gants. Malgré les échanges de punchs répétitifs aucun des personnages n’est blessé. à la fin ils repartent même désarmés et frais comme lors de leur rencontre initiale.

    Étude Red Blue  Durée 3’30
    Audio muet

    Vidéo réalisée en 2008

  • > Aline Zeltner

    Née en 1980 à Bâle vit et travaille à Bâle.

    La vidéo donne à voir une pêche singulière. On assiste à la remontée, lente et répétitive, d’objets du quotidien, sur un bateau de pêche traditionnel dans une sorte d’esthétique du consumérisme. Les formes simples de ces éléments ordinaires en plastique aux couleurs saturées évoquent une abstraction douce, « flottante », presque immatérielle.

    Il pescatore  Durée 9’16
    Audio FM 107.9

    Vidéo réalisée en 2014

  • > la galerie du cartable

    Collectif fondé en 1999 à Châteauroux.
    Les artistes Fabrice Cotinat, David Legrand et Henrique Martins-Duarte co-fondent en 1999 La galerie du cartable ; une œuvre collective prenant la forme d’une structure audiovisuelle portative et permettant de transmettre l’image vidéo dans la vie courante. Elle occupe les champs du cinéma, de la vidéo en mutation et des nouveaux médias. Ce cartable vidéo sera activé pour deux performances Videotown.

     

    10.01, 18h Vidéoportation Métakiosque Séverine Hubard Campus central
    Université de Strasbourg Esplanade

    11.01, 18h Parcours diffusion départ Boutique Culture

Boutique Culture

10 Pl. de la Cathédrale

Horaires :

du mardi au samedi, de 12h à 19h.

Vidéo projetée :

> Le Soldat de Paul Heinz

Mur

intersection R. des Ecrivains R. des Veaux

Horaires :

du mardi au vendredi, de 17h à 00h.

Vidéo projetée :

> Capture de Mia Bailey

Joaillerie Freywille

1 Pl. du Temple Neuf

Horaires :

du mardi au samedi, de 10h à 00h.

Vidéo projetée :

> Il Pescator de Aline Zeltner

Voiture garée

4 R. du Faubourg de Pierre

Horaires :

du mardi au samedi, de 10h à 00h.

Vidéo projetée :

> L’étoile dans la caverne de Claire Hannicq

Annexe du Centre socio-culturel
du Fossé des Treize

44 R. du Faubourg de Pierre

Horaires :

du mardi au samedi, de 17h à 00h.
Fermé pendant les condés du
24.12.17 au 07.01.18

Vidéos projetées :

> GP000067 – GP040067 de
Ramon Feller

> Pilgrim Icon de Thomas Lasbouygues

Vitrine ZUT

14 R. Sainte Hélène

Horaires :

du mardi au samedi, de 17h à 19h.
Fermé à partir du 24.12.17

Vidéo projetée :

> Etude Red Blue de Vladimir Mitrev

Bar Café L’Artichaut

56 Grand’ue

Horaires :

du mardi au samedi, de 10h à 00h.

Vidéos projetées :

>  Somniloquie du perroquet du
collectif Dimension Emotionnelle

> Empire de Violaine Higelin

 

Magasin Bose

3 R. des Aveugles

Horaires :

du mardi au samedi, de 10h à 00h.

Vidéo projetée :

> Fantasma du collectif Dimension Emotionnelle

PMU Le Sulky

36 R. du Jeu des enfants

Horaires :

du mardi au samedi, de 07h à 00h.

Vidéo projetée :

> La Nouvelle Histoire de la Révolution
de Arthur Debert

Direction de la culture de la Ville de Strasbourg

6 R. du Jeu des enfants

Horaires :

du mardi au samedi, de 10h à 00h.
Fermé pendant les condés du
24.12.17 au 07.01.18.

Vidéo projetée :

> Somniloquie du perroquet du collectif Dimension émotionnelle

TaxiStrass

Pl. de la Gare

Horaires :

24h / 24h

Vidéos projetées :

> La Nouvelle Histoire de la Révolution
de Arthur Debert

> Fantasma du collectif Dimension Emotionnelle

> GP000067 – GP040067 de
Ramon Feller

> Empire de Violaine Higelin

> Il Pescator de Aline Zeltner

La galerie du cartable

Performance Vidéoportation

Métakiosque Séverine Hubard
Campus central

Université de Strasbourg Esplanade

Horaires :

10.01, 18h Vidéoportation

 

La galerie du cartable

Performance Parcours diffusion

Départ Boutique Culture

Horaires :

11.01, 18h Parcours diffusion

 

  • > 01. Boutique Culture

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h à 00h.

    le samedi, de 10h à 00h.

  • > 02. Mur intersection R. des Ecrivains R. des Veaux

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 16h30 à 00h.

    le samedi, de 16h30 à 00h.

  • > 03. Joaillerie Freywille

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h à 00h.

    le samedi, de 10h à 00h.

  • > 04. Voiture  garée

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h à 00h.

    le samedi, de 10h à 00h.

  • > 05. Annexe Centre Socio Culturel Le Fossé des Treize

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 16h30 à 00h.

    le samedi, de 16h30 à 00h.
    Fermé pendant les vacances du 24 déc. 2017 au 07 janv. 2018

  • > 06. Vitrine ZUT

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 17h à 19h.

    le samedi, de 17h à 19h.
    Fermé les vacances du 24 déc. 2017 au 18 janv. 2018

  • > 07. Bar-Café L’Artichaut

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h30 à 00h.

    le samedi, de 10h30 à 00h.

  • > 08. Magasin Bose

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h à 00h.

    le samedi, de 10h à 00h.

  • > 09. PMU Le Sulky

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 07h à 22h.

    le samedi, de 07h à 22h.

  • > 10. Direction de la culture de la Ville de Strasbourg

    Projection :

    du mardi au vendredi, de 10h à 00h.

    le samedi, de 10h à 00h.
    Fermé pendant les vacances du 24 déc. 2017 au 07 janv. 2018

  • > 11. TaxiStrass

    Projection :

    du mardi au samedi, 24h/24h

David Legrand (1972) vit et travaille à Bourges et à Biarritz. Artiste collectif, dialoguiste-filmeur, et expérimentateur-enseignant. Il est co-fondateur de La galerie du cartable qui propose indépendance et mobilité à la production-diffusion audiovisuelle, il est aussi membre actif des Rencontres de Bandits Mages, fondateur et coordinateur de l’espace prototype : Hall Noir qui confrontent étudiants, jeunes artistes et artistes de référence, dans une démarche de création en commun.

Skander Zouaoui (1982), artiste tuniso-allemand, vit et travaille à Strasbourg. Depuis 2017 il est co-président d’Accélérateur de particules avec Catherine Merckling et co-fondateur de Bastion Commun. Céramiste de formation, il pratique le dessin, la vidéo et l’installation. Il aborde des sujets universels, croise le domaine scientifique et la pensée collective avec humour au travers de pièces sensibles issues d’un travail patient de la matière.

  • > script

    A la manière d'une promenade filmée, exemple : uccellini uccellacci (des oiseaux, petits et gros) de Pasolini.

     

    Silence

    le soleil hivernal peine à chasser la rosée matinale

    deux silhouettes se dessinent au loin, elles avancent le long d'une rue arborée, quelques voitures stationnées, des piétons se hâtent pour prendre le tramway

    pas un seul autre bruit pourtant, à part les pas et le son des voix de ces deux hommes.

    La caméra et maintenant à côté d'eux

    L'un d'eux plutôt grand et robuste cheveux et barbe noirs, l'autre plus petit, fin cheveux poivre et sel avec un très léger boitement du pied droit.

     

    -SZ: C'est où Videotown ? C'est loin d’ici ?

    -DL: Non non, suis moi on y est presque tu vas voir.

    -SZ: Comment on s'y rend ?

    -DL: Le mieux c'est d'y aller à pieds ou à vélo.

     

    Silence

    les deux personnages continuent de marcher on n'entends toujours que le bruits de leurs pas alors que la ville comme toute les villes de cette taille fourmille de piétons, cyclistes, voitures et bus empressés.

     

    -DL: On arrive, tu vois la vitrine là bas ?

    -SZ: Avec l'enseigne bleu ? Oui.

    -DL: C'est là que ça commence VIDEOTOWN.

    -SZ : Waouh, mais c'est plus qu'une ville !

    -DL : Oui ! Prêt à entrer dans une géographie de films ?

     

    Les deux hommes avancent au loin alors que la nuit commence à tomber.

    fondu noir/out

     

    fondu noir/in

    Vue de dos les deux hommes sont assis sur un banc. Il fait jour, la ville s'active autour d'eux.

    Difficile de savoir combien de temps s'est déroulé.

     

    Silence...

     

    -SZ: Tu crois qu'il a vraiment trouvé cette caméra dans la mer après autant de temps passée sous l'eau?

     

    - DL: Ah Oui ! Puis t'as vu, c'est tellement bon de pouvoir faire des films avec des caméras trouvées, presque décomposées, réemployées !  ça sonne le glas de la prise de son et de la prise de vue dʼexception et anticipe le cinéma hybride, avec son "found sound", ses "found caméras", son "found décor", ses "found batteries" ... Le mot "found" signifiant éveillé avec n’importe quel objet trouvé.

     

    SZ sourit

     

    -DL: Eh, regardes c'est quoi ça ?

     

     Sur le côté droit au sol un objet que ramasse DL. Il le prends délicatement et l'observe quelque instants avec une grande minutie.

     

    -SZ: C'est quoi, qu'est-ce que t'as trouvé?

    -DL: Regarde on dirait...

    -SZ:Ah mais c'est pas...

    -DL:SI.

     

    Sur un panneau d'affichage numérique flottant un Flach vidéo bien loufoque intitulé  : Vidéasme, est retransmis...

     

    " Flip Flap, Vidéotown, Flip Flap  Vidéo Rap

    Du bon matos c'est pas craignos, j'me branche un max en Betamax

    j'ai mal au fesse en VHS

    un demi pouce dans le Trinitron,

    Vidéo clip, c'est pour le trip,

    Vidéo Look c'est pour mon look,

    Vidéo son c'est très giclant... "

     

    DL: Il y a vraiment une poésie de la technologie, une poésie technique dans cette ville, c'est comme les écrans appuis-tête dans les taxis, enfin incroyable, j'y vois pleins d'appels à réactiver le cinéma avec de nouvelles données et de nouvelles inconnues.

     

    Ils entrent dans une grotte, (son de vagues). Des reflets de lumière les guident et leurs permettent de la traverser, mais qui a posé ces miroirs ? Ils sortent de la grotte et croisent des touristes , t-shirt colorés, bermuda, maillot de bains et claquettes, ils les suivent et traversent un passage en "V" formé par de énormes rochers qui débouche sur une plage.

     

    Bruits de ville, moteurs et klaxon.

     

    Distrait par cet environnement sonore décalé, SZ trébuche sur quelque chose à moitié enfui dans le sable, il tombe en lâchant un son étouffé

     

    -SZ: Arrhhh...

    -DL: Ça va? attends...

     

    DL aide SZ a se relever, celui-ci par des gestes énervés et vifs se débarrasse du sable qui lui recouvrait tout le corps. Puis se penche vers l'objet enterré.

     

    -SZ: Ça brille!

    -DL: C'est quoi?

    -SZ: Ça ressemble à un accessoire "sauver des eaux".

    -DL: Sauvez des eaux ?

    -SZ: Oui façon de parler.

    - DL: Attends je le reconnais.

     

    Aussitôt tout devient noir autour d'eux, une musique électro monte progressivement en intensité.

    Les deux hommes reculent car subitement l'objet émerge du sable, une coupe dorée, s'élève bientôt à deux mètres devant eux.

    grésillements électroniques de plus en plus fort l'objet rentre en résonances et se met à vibrer également de plus en plus vite, le son devient physiquement difficile à supporter.

    SZ recule encore plus tandis DL debout subjugué par ce phénomène reste pétrifié, immobile.

    Tout s'arrête subitement, dans un silence profond, pénétrant.

     

    Silence

     

    Un avertissement sous forme de carton de cinéma muet, apparaît sur un nouveau panneau d'affichage.

     

    "Dans un tel avenir, l’important n’est pas le scénario, c’est la promenade : les parcours faits, les parcours vécus. "

     

    Nos deux acolytes se retrouvent alors digitalisés et vidéoportés dans un cartable vidéo.

    Le porteur du cartable,casque de soldat sur le crane, vrai corps qui diffuse, les conduit à travers les rues, laissant échapper doucement les images de son drôle d'appareil, à l’intention de chaque passant.

     

    DL et SZ transporté dans un film tiennent des objets bizarres et tentent de les raconter .

    DL tend à SZ un morceau de tuyau quasi organique, presque vivant.

     

    DL : Commençons, tiens ça, dis moi ce que c'est ?

     

    SZ prends l'objet, du bouts des doigts, délicatement intrigué mais également dégoutté, il retient presque ça respiration. L'observation se fait en silence, le tuyau et pincé, tourner, étiré, scruté, analysé sous tout les angles.

     

    DL: Décrire, dater, contextualiser, nous devons faire une étude complète des données extraites.

     

    SZ: C'est un peu comme une peau, la peau d'un outil, qui aurait été épluché, mais difficile de dire ce que ça a été exactement.

     

    DL: Je vais essayer quand même…

     

    SZ: Nous devons définir des axes factoriels au sein des nuages de données et hiérarchiser leur importance dans les ressemblances ou les dissemblances.

     

    DL: On voit une chose qui ne devrait pas nous donner envie de possession, de la posséder, mais nous faire travailler notre perception.

     

    SZ: Établissons une recherche comparative poussée du mobilier prélevé.

     

    SZ repose l'objet et tend le bras vers un forme bleue qui  ressemble vaguement à un gant, dans son geste il percute quelque chose.Qui pourtant n'est pas là.

    Surpris il regarde DL, celui-ci d'un air confiant lui dit:

     

    DL: C'est une mémoire.

    SZ: Une mémoire?

    DL: Oui une mémoire collective, un moment gravé dans notre histoire personnelle et globale.

     

    DL saisit l'objet, ou le non objet. Entre ses mains un vide, il le manipule, l'espace entre ses mains a l'air d'être constant, égal sous toutes ses dimensions.

     

    SZ: Ça a l'air sphérique!

     

    DL: L'analyse factorielle des données doit être notre priorité.

     

    De nouveau un avertissement sous forme de carton de cinéma muet, apparaît sur un nouveau panneau d'affichage, écrit en lettres blanches sur fond rouge

    « Ce n'est pas l'empathie qui sauvera le monde mais la permanence de l'objet. »

     

    DL presque illuminé : Un jour SZ on découvrira que les choses sont vivantes et qu'on peut leur parler ...

     

    Surgit derrière eux d’abord comme un murmure puis de plus en plus fort un champ.

     

    Va, pensiero, sull’ali dorate;

    Va, ti posa sui clivi, sui colli,

    Ove olezzano tepide e molli

    L'aure dolci del suolo natal! ...

     

    Alors nos deux acolytes comme deux oiseaux détachés d'un retable cyber-primitif, fréquentant la poésie de Pasolini, errant et sautillant dans les rues de VIDEOTOWN, disparaissent au loin en chantant joyeusement :

     

    LA VIDÉO C'EST LE LIVE !

  • > entretien

    Entretien entre Catherine Merckling, co-présidente de Accélérateur de particules, et les commissaires de Videotown David Legrand et Skander Zouaoui.

    Strasbourg 02.12.17 - 18.01.18

     

    David Legrand et Skander Zouaoui, vous êtes les commissaires du parcours Vidéotown.

    Comment vous êtes-vous rencontrés pour ce projet ?

     

    SZ: : le projet de faire un parcours vidéo dans Strasbourg est un désir qui émane de Sophie Kauffenstein (elle en a déjà réalisé un auparavant*) et de moi, nous avons pensé que le cadre de la Regionale, projet transfrontalier France-Allemagne-Suisse, s’y prêtait particulièrement bien de par la circulation transfrontalière qu’il génère et qui le caractérise.

     

    Et puisque le projet se faisait dans cet esprit d’ouverture, autant réaliser le commissariat avec quelqu’un que j’apprécie et qui vient d’ailleurs. C’est pourquoi j’ai tout de suite pensé à David Legrand, qui m’a fait la joie d’accepter de travailler avec moi sur ce projet.

     

    DL : Oiseau, nomade, pèlerin, presque fugitif, j'ai toujours été. Je viens du cinéma errant, un art qui cultive des manières de porter et de déplacer des films dans la rue, comme exercice de liberté et passeport pour les zones interdites où l’on ne va jamais.

    Alors quand Skander m'a proposé d'élaborer ensemble ce parcours vidéo, j'ai sautillé jusqu'à lui avec l'enthousiasme des âges d'or.

     

    SZ : J’ai fait la rencontre de David en 2012 lorsque j’étais en résidence artistique à l’Ecole Municipale des Beaux-Arts de Châteauroux. David est venu visiter mon atelier et voir ce que j’y faisais. Depuis on suit mutuellement ce que l’un et l’autre fait de son côté.

     

    Racontez-nous comment vous avez procédé pour choisir ensemble les oeuvres.

     

    SZ  :(Sourires)

    Le début était un peu laborieux. On a dû traiter l’ensemble des 740 dossiers d’artistes ayant postulé à la Regionale. David est venu de Biarritz et durant trois jours trois nous avons développé un outil de travail en ligne pour pouvoir continuer la sélection à distance ensemble.

    Ça nous a permis de dégager petit à petit le types de films qui nous intéressait.

     

    DL : Pas seulement des films de vidéastes d’ailleurs, toutes disciplines artistiques confondues, les dossiers n’étant pas encore triés par catégories, nous avons tout soigneusement regardé, dont des films de peintres, de céramistes, de sculpteurs.

     

    C’est-à-dire des films plutôt documentaires, des making-of de leurs réalisations ?

     

    DL : Ah non, ce n’est pas cela, l’historien de l’art Elie Faure*** appelait ces travaux particuliers des films ciné-plastiques, c’est à dire des films d’artistes ou pour être précis

    d’expérimentations esthétiques, qui ne sont justement pas des films sur la peinture ou sur la sculpture, mais des peintures filmiques ou sculptures filmiques en soit.

     

    Et aussi de l’art vidéo stricto sensu, des narrations, des documentaires d’artistes, du cinéma plasticien. C’était très riche et tant mieux. Cette diversité que nous avons trouvée dans les dossiers pour la Regionale résonne bien avec un phénomène de notre temps que je trouve pour ma part très plaisant, un phénomène qui met en crise toutes les vieilles catégories du cinéma et de la vidéo, débordées et dépassées par le nombre de créations filmiques en tout genre accessibles et diffusées sur internet.

     

    Cette explosion et mutation de ces catégories audiovisuelles est sans doute un âge d’or, un temps de régénération vitale du “cycle de l’oeil” comme j’aime le nommer, que nous sentons et que nous voulions faire sentir en imaginant des moyens très urbains et expérimentaux, voire prototypiques de diffusion et d’invention, que demande finalement cette nouvelle ère filmique, plus hybride et interconnectée.

     

     

    SZ : On a donc réfléchi à des formes de diffusion dans lesquelles on allait présenter ces films.

    Nous avons sélectionné des films qui portent et nous transportent dans des univers singuliers. Certains avec un rapport fort à l’objet et la matière tel que Somniloquie du perroquet de Dimension Emotionnelle ou Il pescatore d’Aline Zeltner, d’autres tels que Pilgrim Icon, la vidéo de Thomas Lasbouygues, ainsi que GP000067-GP040067 de Ramon Feller questionnent par des points de vues différents l’imagerie amateure touristique, celle produite par un touriste ayant perdu sa caméra dans la mer et celle d’un artiste sur le touriste errant dans un contexte paradisiaque.

     

    DL : Oui, tous les films que nous avons choisis défendent des courages poétiques, des visions non furieuses de la vie, qui regardent les relations entre les êtres et les choses sur la terre comme un territoire complexe à redécouvrir, pour proposer de fabriquer une autre imagination que celle contenue dans les images dominantes.

     

    D’abord ils prennent le temps de montrer, ces films. Faire Voir le Voir - par exemple le surgissement d’une sensibilité inattendue, comme dans la vidéo du Soldat de Paul Heintz,

    long et lent plan-séquence sur un visage d’un militaire occidental soudain épris d’une tendresse radicale sur un front inconnu et qui se met à pleurer.

     

    Plus concrètement nous étions tout de même attirés dans l’élaboration de ce parcours par ce qu’on appelle des vidéos monobandes, c’est à dire des œuvres vidéo qui n'utilisent qu'une seule projection, d'une seule source vidéo avec parfois du son, et qui ne dépendent pas d’un dispositif d’installation, mais qui proposent une vision directe des actes, des gestes ou des sujets filmés.

     

     

    Pourquoi cette forme de parcours dans la ville ?

     

    DL : Lorsque que le cinéma était encore un art forain, le cinéma premier disons - faisons le commencer aux projections de plaques de verres peintes animés par des lanternes magiques - il était montré dans les lieux les plus divers. Au cours de son histoire, des cinéastes, surtout expérimentaux, ont projeté leurs films sur des places de villages, dans des clubs ouvriers, des trains, … Lorsque les caméras se sont répandues, artistes et amateurs ont projeté dans l’espace privé ou public.N’importe où, n’importe quand, en somme. Il suffisait d’une envie, d’une nécessité.

     

    La forme de ce parcours-diffusion dans la ville vient d’un mélange de cette histoire et de notre pratique commune de la marche, la promenade, l’art de s’égarer dans les villes, avec Skander.

     

    SZ : C’est vrai, David et moi apprécions beaucoup la marche, comme action artistique et comme espace de réflexion. Il a d'ailleurs monté une structure de diffusion filmique ambulante, La Galerie du Cartable.

    Avant la sélection j’ai imaginé un parcours à travers des lieux se situant dans le centre de Strasbourg, qui me semblaient intéressants. Puis lorsque David est venu travailler avec moi, nous avons fait cette balade ensemble et nous avons mûri la sélection.

     

    DL : Oui, je l’ai vécu comme un vrai repérage de cinéma, Skander dans le rôle du stalker** (passeur) m’a guidé sur son parcours imaginé et tout à la fois bien réel, en arpentant les rues de Strasbourg, les vitrines, les boutiques de magasins, les espaces abandonnés, qui potentiellement pourraient accueillir des films. En marchant dans Strasbourg nous nous projetions dans Vidéotown. C’est sans doute là qu’est née l’idée d’une géographie de films.

     

    Nous sommes parfois allés aussitôt passer la porte de tel ou tel commerçant et voir si le projet les intéressait. Il y a eu beaucoup de travail de séduction et de négociation pour obtenir la confiance de certains. Il en a résulté ce parcours, mêlant aussi bien des lieux culturels comme la vitrine de la Direction de la Culture, la Boutique Culture que des commerces et bars tel que la boutique Bose,la boutique Freywille, le bar l’Artichaut ou le PMU Sulky. Ils sont tous devenus nos partenaires dans cette aventure.

    L’enjeu se situe aussi dans le croisement des publics, créer des zones, des temps de rencontres.

     

    La vidéo, tout le monde en consomme au quotidien. Cela fait-il de l’art vidéo quelque chose de facile à présenter à un large public ?

     

    SZ : Pas du tout, loin de là. Peut-être justement parce que la vidéo est partout. Il a fallu transporter les films sélectionné dans ce que David a appelé une géographie de films.

     

    DL :  Notre parcours vidéo dans la ville rejoint d'une certaine façon des nouveaux désirs d’expérimentations et d’inventions de la vie quotidienne, en injectant par des images et des sons ou actions artistiques des doses infinitésimales de poèmes technologiques, d’art vidéo-média dans la vie courante. Une poésie technologique “cyber-primitive” issue des arts numériques est en train d’advenir et elle peut se cultiver entre des artistes, des habitant.e.s, des passant.e.s comme autant de vaccins contre un environnement audiovisuel auquel on s’est habitué et qui n’a plus, ni moins d’importance que la pollution atmosphérique.

     

    Il permettra aussi de situer la vidéo urbaine dans une histoire des arts, en dehors de la publicité sur panneau d'affichage électronique, et de proposer, nous l’espérons, aux spectateurs, explorateurs, visiteurs de Vidéotown, des usages de la vidéo différents de ceux de la consommation.

     

     Le cinéma et la vidéo réunis désormais dans l’espace filmique, en inventant des mondes possibles, ont aussi donné à voir une physique de ses mondes, qui les ont fait exister. On pourrait même dire qu’ils ont offert une physique à l’imagination, par physique j'entend un poids, un corps, une image vivante de l'imagination, avec ses propres territoires, ses propres espaces, ses propres paysages, son peuple et son temps. Ils ont réussi en quelque sorte à mettre en vie par une fabrique d'images et de sons, ce qui n’existe pas.

     

    C’est cela que j’appelle une géographie de films, dont ce parcours pourrait être un des chemins pour atteindre une des premières villes “géo-esthétique “ de notre imaginaire commun : Vidéotown.

     

    “Clap “ de fin.

     

    ** Stalker, film de Andrei Tarkovski, 1979

    *** Élie Faure, De la cinéplastique in L’Arbre d’Eden, Crès, (1922)

     

regionale 18

Regionale réunit 19 institutions d’art contemporain françaises, allemandes et suisses pour un rendez-vous d’exception de fin d’année présentant près de 200 artistes confirmés et jeunes talents de la scène locale. L’occasion de parcourir une vingtaine d‘expositions de part et d’autre des frontières rhénanes. En 2017 à Strasbourg, Regionale prend la forme d’une exposition collective au CEAAC et d’un parcours vidéo Accélérateur de particules.

 

Tous les informations

de Regionale 18 sur :

Regionale.org

Toutes les expositions Regionale 18

Accélérateur de Particules, Strasbourg (F), Ausstellungsraum Klingental, Basel (CH) , Cargo Bar, Basel (CH), CEAAC Strasbourg (F), E-WERK, Freiburg (D), FABRIKculture – Hégenheim (F), Haus der elektronischen Künste, Basel (CH), Kunsthalle Basel (CH), Kunsthalle Palazzo, Liestal (CH), Kunsthaus Baselland, Muttenz (CH), Kunsthaus L6, Freiburg (D), Kunst Raum Riehen (CH), Kunstverein Freiburg (D), La Filature – Scène nationale, Mulhouse (F), La Kunsthalle Mulhouse (F), Projektraum M54, Basel (CH), Städtische Galerie Stapflehus, Weil am Rhein (D), T66 kulturwerk – Freiburg (D)

à Strasbourg CEAAC (7 rue de l’Abreuvoir) Donner formes

02.12.17→ 25.02.18

Une exposition du Ceaac, variations sur le thème de la naissance de la forme

 

Artistes Elise Alloin, Thomas Bischoff, Vincent Chevillon, Clara Denidet, Matias Huart, Catrin Lüthi, Sebastian Mundwiler

Depuis 2005 Accélérateur de particules s‘est fixé pour but de promouvoir l‘art contemporain et de soutenir les jeunes artistes travaillant en Alsace et à ses frontières à travers des visites d‘ateliers, des expositions et différents autres dispositifs. Plus connue pour l’organisation des Ateliers Ouverts en Alsace, l’association participe activement à Regionale depuis 2009 et met sur pied La Dînée trois fois par an.